2007-10-16
Bio-informatique : une croissance dont on ne voit pas la fin
Pascal Lapointe - Agence
Science-Presse
Algorithmes, bases de données
biologiques, analyses de séquences... Difficile pour le profane d’avoir une
idée claire du travail souterrain que cache le mot
« bio-informatique ». Mais ses artisans sont convaincus d’une
chose : même si cette discipline n’existait pas il y a 20 ans, elle est à
présent engagée dans des travaux qui l’occuperont indéfiniment !
Pourquoi « travail
souterrain » ? Parce que tandis que les médias parlent de ces
généticiens qui amassent découverte après découverte à partir des montagnes de
données qui s’accumulent d’un génome décodé à un autre, la bio-informatique,
elle, prépare les outils qui seront indispensables à ces chercheurs pour
traiter les données.
Par exemple, ont été créées au
Centre Robert-Cedergren de l’Université de Montréal, deux obscures bases de
données biologiques, dont la Taxonomically
Broad Expressed Sequence Tags... ou TBest pour les intimes ! Elle contient près de 400 000 séquences
génétiques d’une cinquantaine d’organismes et permet à des chercheurs de
plusieurs disciplines, partout dans le monde, d’amorcer immédiatement un
travail qui, avant l’informatique, aurait été impensable. « Les gens qui
nous contactent, explique Franz Lang, directeur du Centre, veulent comprendre
une espèce particulière de bactérie ; on peut faire une analyse du contenu
des gènes, l’expression, comparer avec les espèces les plus proches, planifier
des expériences... »
Petit rappel. La
bio-informatique, c’est le bébé né de l’union de deux croissances
phénoménales : celle des données qu’amasse la génétique à un rythme tel
que personne ne peut suivre, et celle de la puissance de calcul des
ordinateurs. L’Université de Montréal a été la première au Canada à offrir un
programme complet de bio-informatique et en août 2007, le premier doctorat au
Canada y a été décerné.
Exemples de travaux en
cours : François Major, qui a la particularité de détenir un doctorat en
informatique et d’être professeur au département de biochimie, se penche sur
« la modélisation de structure 3-D d’ARN et de protéines ». Christian
Landry poursuit son postdoctorat sur la « cartographie des interactions
physiques entre les protéines ». Tournant également autour des protéines —
l’étape suivante, après l’identification des gènes — on trouve un physicien,
Normand Mousseau, de l’Université de Montréal, qui met au point des modèles
informatiques sur le repliement des protéines : c’est-à-dire des outils
permettant d’identifier dans un temps raisonnable les « bonnes »
configurations d’une protéine, parmi une quantité astronomique de possibilités.
Dans
10 ans ?
Le problème, c’est qu’il ne
suffit pas d’augmenter la puissance des ordinateurs pour que les découvertes
suivent. « Il faut développer des logiciels, des algorithmes, explique
Franz Lang, également attaché au département de biochimie, et ça, c’est souvent
la partie qui manque. » Faute de fonds, mais surtout faute de fonds
alloués à la recherche fondamentale. « C’est difficile à financer parce
que c’est un investissement à long terme. »
Les chercheurs du Centre
Robert-Cedergren — du nom d’un pionnier décédé en 1998 — ont publié, seuls ou
avec d’autres, pas moins de 250 articles depuis trois ans. Mais où en
seront-ils dans 10 ans, c’est une question qui relève davantage de la
politique. « Il y a une dizaine d’années, on était dans une situation
difficile : beaucoup de données, pas assez de bio-informatique. A présent,
on est dans la même situation ! Les gens deviennent fous tellement il y a
de données qui sortent. » Le beau
côté de la chose, c’est qu’il y a du travail pour longtemps...
Lu dans la presse
Centre Robert-Cedergren - Des outils pour mieux comprendre des phénomènes biologiques complexes (Le Devoir)
Certaines propriétés des gènes
augmentent leur potentiel évolutif (Forum,
Université de Montréal)
Génome du riz : un petit
goût québécois (Agence Science-Presse)
Un nouveau centre de recherche pour la bio-informatique (Forum, Université de Montréal)
Profession d’avenir :
bio-informaticien (Agence Science-Presse) Dans les revues savantes
Science (2007)
Nucleic acids research (2007)
Autres publications - Centre Robert-Cedergren
Pour les insatiables
Le programme de bio-informatique
de l’Université de Montréal
Le Centre Robert-Cedergren
Colloque annuel du Centre les 8
et 9 novembre
Laboratoire de bio-informatique
de l’Université McGill
La base TBest
Sites sur la bio-informatique en
France
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